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Moria. Grèce. Lesbos. Migration. Santé mentale.

En images : la santé mentale dans les projets MSF

Yasin, 9 ans, vient d'Afghanistan et vit dans le camp de Moria, en Grèce. Il souffre de cauchemars et a constamment peur que quelque chose lui arrive dans le camp. Juillet 2020. © Enri CANAJ/Magnum Photos for MSF
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Depuis des décennies, MSF fournit un soutien complet en matière de soins de santé mentale aux populations du monde entier. Des premiers secours psychologiques dans un contexte d'urgence, aux services de santé mentale, en passant par la prise en charge des troubles préexistants, jusqu'aux soins psychosociaux et psychiatriques, voici quelques-unes des réponses apportées par nos équipes.

    Liban

    Près des deux tiers des patients qui consultent l'équipe de santé mentale de MSF à Beyrouth présentent des symptômes liés à l'anxiété et à la dépression. Plus de la moitié d'entre eux attribuent leurs symptômes à la double explosion qui s'est produite le 4 août. Pour les autres, qui ont des problèmes de santé mentale préexistants, 82 % admettent que leurs symptômes ont augmenté en gravité, après l'explosion.

    « Deux mois après l'explosion, nous constatons une augmentation du nombre de consultations. Même si de nombreuses personnes ont maintenant soigné leurs blessures physiques, sécurisé leur environnement extérieur et leurs besoins de base - comme le logement, l'électricité, l'eau - beaucoup pleurent encore la nuit, ou sont effrayées par un léger bruit, comme celui d'un stylo qui tombe. Ils peuvent sentir que quelque chose ne va pas, dit Rima Makki, responsable de la santé mentale de MSF à Beyrouth. Dans le passé, à Beyrouth, la société et les réseaux communautaires - famille, amis, voisins - auraient normalement été le premier point de soutien informel pour une personne en difficulté. Aujourd'hui, ces réseaux sont tous touchés de la même manière - les gens ne savent pas à qui s'adresser, alors ils se tournent vers des spécialistes de la santé mentale. »

    Mexique

    Le Centre pour l'action intégrale de MSF, ou El CAI sous son acronyme espagnol, dans le quartier de Colonia Guerrero, au nord-ouest du centre historique de la ville de Mexico, fournit des soins aux migrants qui ont souffert de la torture et d'autres formes de violence extrême. Le centre offre des soins de longue durée, y compris des traitements psychologiques et psychiatriques, et des services sociaux - notamment une aide pour les demandes d'asile, des services d'éducation et de formation professionnelle. En moyenne, les patients restent jusqu'à quatre mois dans le programme avant d'être prêts à entamer le prochain chapitre de leur vie.

    El CAI se trouve derrière une porte métallique coulissante...

    ... qui passe inaperçue dans une rue résidentielle, un anonymat qui n’attire pas une attention indésirable. Une fois à l’intérieur, les bruits de la ville s’assourdissent, laissant place à une atmosphère de paix silencieuse.

    Ce calme apparent masque les profondes blessures physiques et psychologiques qui sont traitées ici. Les patients d’El CAI ont souvent connu d’horribles péripéties avant d’y avoir été transférés.

    « Les déplacés qui débarquent ici ont subi des situations similaires aux populations en Syrie ou du Yémen, en guerre », explique Diego Falcón Manzano, psychologue MSF. Les criminels qui sévissent le long de la route migratoire utilisent souvent la torture psychologique lorsqu’ils kidnappent des victimes, les soumettent à l’extorsion ou les recrutent de force dans les bandes organisées. « Auparavant sur le chemin, vous étiez battu ou violé. Aujourd’hui, ils ne se contentent pas de vous battre. Ils vous forcent à regarder les sévices imposés à autrui. Ou ils vous font tuer quelqu’un ou manipuler des parties de corps humain. »

    Les blessures physiques peuvent se refermer, mais les blessures psychologiques prennent du temps et beaucoup d’efforts pour cicatriser. En plus d’une salle de gym, de repas et d’un suivi médical 24h/24, les patients d’El CAI bénéficient d’une psychothérapie et de services sociaux qui les aident à se reconstruire. « Nous apprenons aux patients à améliorer leurs capacités à décider comment ils vont vivre leur vie », explique Manzano. « S’il veulent mettre de l’argent de côté ou trouver un emploi. Nous les aidons à planifier leur vie à moyen et à long terme une fois qu’ils auront quitté El CAI. »

    À leur départ, les patients bénéficient d’un suivi médical et ont toujours accès aux services du centre en tant que patients de jour. Certains demeurent au Mexique pour travailler, étudier ou attendre que leur demande d’asile soit traitée. D’autres reprennent la route vers le nord. Le taux de réussite du traitement est d’environ 80 %.

    Inde

    Avec la propagation rapide du Covid-19 en Inde, MSF a lancé une ligne d'assistance téléphonique 24 heures sur 24 pour fournir un soutien en santé mentale par téléphone, en anglais et en hindi. Au Cachemire, les services de consultations externes de tous les hôpitaux, y compris les cliniques de santé mentale de MSF, sont actuellement fermés pour empêcher la propagation du Covid-19. Les équipes MSF continuent tout de même à fournir un soutien psychologique par le biais de consultations par téléphone portable.

    Brésil

    L'année dernière, en réponse au grand nombre d'enfants et d'adolescents qui ont fui le Venezuela, ravagé par une profonde crise politique depuis 2017, pour rejoindre le Brésil, l'équipe de santé mentale de MSF à Roraima a identifié trois piliers de soins : identité et estime de soi ; inclusion et appartenance ; protection et prévention contre les abus.

    Biélorussie

    Les soins de santé mentale sont souvent dispensés dans le cadre de soins continus concernant d'autres problèmes médicaux. En Biélorussie, où la tuberculose multirésistante est très répandue, les équipes MSF apportent leur soutien à Minsk dans quatre centres de traitement de la tuberculose. En collaboration avec le ministère de la Santé, MSF propose un programme de réduction des risques qui aide les patients atteints de tuberculose pharmaco-résistante, et ayant de problèmes d’addiction, à gérer leur dépendance à l'alcool et à d'autres substances afin de terminer leur traitement avec succès.

    Honduras

    Afin d’éviter que les hôpitaux de la capitale ne soient surchargés suite à la pandémie de Covid-19, une annexe de l'Université nationale autonome du Honduras (UNAH), a été transformée, en coordination avec les autorités sanitaires et d'urgence honduriennes, afin d'accueillir les cas les plus graves. Dans l'annexe de l'hôpital, qui a été adaptée en un service spécialisé de 20 lits pour les patients atteints du coronavirus, l'équipe MSF s'occupe des patients qui ont besoin d'oxygène.

    Les patients y sont transférés depuis les hôpitaux locaux et depuis deux autres services spécialisés mis en place au sein de l'université, où les patients légers et asymptomatiques sont pris en charge par le personnel du ministère de la Santé et du service national des urgences.

    Les psychologues et les promoteurs de santé fournissent aux patients un cahier d'activités lors de leur admission, dans lequel ils peuvent dessiner, peindre et lire ; devenant un outil pour les activités de loisirs et pour les soins de santé mentale. Cette activité va de pair avec les soins psychologiques, qui sont dispensés par téléphone et en personne.

    République centrafricaine

    Olga, conseillère MSF en santé mentale, anime des groupes de discussion à l'hôpital de Bossangoa, aidant les personnes à gérer leur stress, à accéder à la planification familiale et à soulager leurs mauvaises pensées. « La plupart des participants sont des femmes : elles viennent dans les groupes pour parler de leur situation... Beaucoup d'entre elles viennent de très loin et ont laissé leurs enfants à la maison. Elles sont inquiètes et n'ont aucune vision de leur avenir. Beaucoup d'entre elles sont victimes de violence domestique, mais elles n'osent pas en parler au sein de leur communauté. Personne ne demande à ces femmes comment elles se sentent et ce qui leur permettrait de se sentir mieux. Parfois, le simple fait de parler de tout cela, avec moi et avec les autres femmes, dans un espace libre et neutre, peut beaucoup les aider. »

    Bangladesh

    MSF dispense des soins de santé mentale complets, y compris des soins psychiatriques, dans toutes les structures MSF qui prennent en charge les réfugiés rohingyas à Cox's Bazar. « La plupart de nos patients présentent des signes visibles de stress mental et de traumatisme. D'autres, qui souffrent de dépression, de stress post-traumatique, de psychose et de schizophrénie, passent inaperçus dans leur communauté », explique Tanya Morshed, psychothérapeute et assistante sociale en santé mentale pour MSF au Bangladesh.

    « Le besoin de soins de santé mentale n'est souvent pas compris par les patients, ajoute Mme Morshed. De nombreux patients sont orientés vers des conseillers en santé mentale uniquement lorsqu'ils viennent dans nos centres de santé pour y chercher un traitement médical pour des problèmes physiques ».

    Lesbos, Grèce

    Au cours des quatre dernières années, l’accord UE-Turquie a piégé dans des zones surpeuplées des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dans des conditions insalubres, dégradantes et dangereuses pour leurs vies. Leur état de santé se dégrade, dû au manque d’accès aux soins de santé primaire, et entraine une grande détresse.

     Depuis des années, MSF met en garde contre les conditions précaires et inhumaines qui règnent à Lesbos. Depuis mars 2020, les autorités grecques ont décidé de confiner totalement le camp de Moria à la suite de la découverte d’un cas positif de Covid-19. En septembre 2020, un incendie à Moria a obligé plus de 12 000 personnes à être évacuées du camp, interrompant les services médicaux disponibles pour les réfugiés et les demandeurs d'asile, y compris les services de la clinique pédiatrique de MSF.

    Avant cela, Yasin, un jeune garçon afghan qui vit dans un abri de fortune avec sa famille, se rendait chaque semaine à la clinique pédiatrique de MSF pour consulter un psychologue pour enfants. Il souffre de cauchemars et a constamment peur qu'il lui arrive quelque chose de mal à Moria. Quand il sera grand, il veut « aider les enfants, comme son psychologue » dans la clinique pédiatrique de MSF.