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MSF Rwanda Democratic Republic of Congo Great Lakes region

Du Rwanda au Zaïre : MSF au cœur des violences extrêmes (1/2)

Personnes déplacées suite aux violences extrêmes dans la région des Grands lacs. Biaro. République démocratique du Congo. Janvier 1997. © Sebastiao Salgado
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Les équipes de MSF face aux violences extrêmes dans l’Afrique des Grands Lacs.

    Situation – Les 4 clés pour comprendre

    1. Contexte général

    Entre 1994 et 1997, les équipes de MSF se retrouvent dans une succession de situations inédites alors qu’elles interviennent au cœur des violences extrêmes et des tueries de masses qui touchent la région des Grands lacs. Jusqu’à ces événements, l’essentiel de leur travail se situait en marge des affrontements et des massacres, notamment dans des camps de réfugiés et des centres de santé plus ou moins éloignés des zones de combats. Lorsque le génocide des Rwandais tutsis commence, les équipes MSF font partie des témoins oculaires directs des premières exécutions à Kigali et dans le reste du pays. Près de 200 membres du personnel rwandais de MSF sont exécutés, parfois sous les yeux de leurs collègues. Quand les équipes MSF parviennent enfin à trouver les moyens d’une opération d’assistance, en l'occurrence une mission chirurgicale, leurs patients sont tués devant elles ou achevés quelques heures après leur passage.

    Après leur défaite militaire à l’été 1994, les forces génocidaires se replient au Zaïre et empruntent le même chemin que des centaines de milliers Rwandais hutus qui fuient leur pays sous leur menace ou par peur des représailles de la rébellion. Le personnel MSF est à la fois témoin d’une catastrophe sanitaire liée à une double épidémie - de choléra et de dysenterie - et sous la pression des violences commises par les miliciens qui prennent le contrôle des camps.

    L’association décide d’arrêter son intervention dans ces camps zaïrois en 1995 face à un système qui détourne l’aide humanitaire au profit des auteurs d’un génocide. Ces mêmes camps sont ensuite attaqués par la nouvelle armée rwandaise et ses alliés congolais. Les réfugiés Hutus sont ensuite traqués, parfois pendant des centaines de kilomètres, et massacrés. Les équipes de MSF, qui dénonçaient cette situation et multipliaient les prises de parole, ont parfois, malgré elles, servi d’appât pour faire sortir les réfugiés des forêts où ils se cachaient.

    Dans ces conditions et face à un génocide et des crimes de masse, comment les humanitaires de MSF ont-ils agi ? Faire appel à une intervention militaire, dénoncer une situation inacceptable, rester dans des camps où l’aide est détournée, évaluer les risques à prendre pour aider des personnes menacées de mort…

    Autant de problématiques auxquelles les équipes de MSF ont dû faire face sur le terrain et de débats internes qui ont traversé toute l’association durant cette période.

    2. La carte de situation
     

    MSF Rwanda Zaïre Région des Grands lacs

    3. Trois questions à..

    Interview du Dr. Jean-Hervé Bradol, directeur d'études au Centre de Réflexion sur l'Action et les Savoirs Humanitaires (CRASH) et auteur avec Marc Le Pape de l'ouvrage « Génocide et crimes de masse. L’expérience rwandaise de MSF». Jean-Hervé Bradol était responsable des activités MSF à Kigali en avril 1994.

    4. Les repères chronologiques

     

    1994

    6 avril: attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana et début du génocide des Tutsis.

    22 avril: condamnation par MSF du retrait des forces de maintien de la paix de l’ONU (MINUAR) au Rwanda.

    18 mai: demande publique de MSF aux autorités françaises d’user de leur influence auprès de leurs alliés rwandais pour faire cesser les massacres.

    24 mai: témoignage de MSF devant la Commission des Droits de l’homme de l’ONU sur le génocide en cours au Rwanda.

    18 juin: appel de MSF à une intervention armée des Nations unies contre les auteurs du génocide.

    23 juin: début de l’opération Turquoise au Rwanda, menée par la France et ses alliés, avec un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies pour une intervention militaire d’interposition entre belligérants, sans mandat pour s’opposer aux auteurs du génocide.

    4 juillet: prise de Kigali et de Butare par la rébellion, l’Armée patriotique rwandaise (APR).

    13 juillet: arrivée de plusieurs centaines de milliers de réfugiés rwandais à Goma, au Zaïre.

    27 juillet: 20 000 morts du choléra dans les camps de Goma, au Zaïre.

    30 septembre: menaces contre le personnel international MSF dans le camp de Katale (Goma) et évacuation des équipes.

    18 novembre: retrait de la section française de MSF des camps de réfugiés rwandais au Zaïre.

    1995

    Décembre: retrait effectif de la dernière section MSF présente dans les camps de réfugiés rwandais au Zaïre.
     

    1996

    18 octobre : création officielle de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) avec Laurent Désiré Kabila comme porte-parole.
     
    26 - 27 octobre : attaque de camps de réfugiés (Kibumba et Katale) rwandais par l’APR au Nord-Kivu.
     
    31 octobre : prise de Goma par l’APR et l’AFDL et évacuation des équipes MSF deux jours après.
     
    8 novembre : MSF appelle à la création de zones de protection des civils et à une intervention militaire internationale.
     
    15 novembre : attaque du camp de Mugunga (Kivu) par l’APR et départ de 400 à 700 000 réfugiés vers le Rwanda.
     
    15 décembre : intervention de MSF à Tingi-Tingi (Zaïre) où sont installés près de 70 000 réfugiés.

    1997

    7 janvier : mortalité de 50 % chez les enfants de moins de 5 ans de Tingi-Tingi.
     
    7 février : fin de la présence permanente de MSF à Tingi-Tingi en raison de la proximité de la ligne de front.

    2 mars : prise de Tingi-Tingi par l’APR et l’AFDL et fuite de 160 000 réfugiés.
     
    15 mars : prise de Kisangani par l’APR et l’AFDL. Évacuation des organisations humanitaires, dont MSF, 15 jours auparavant.
     
    Au printemps, massacres successifs de réfugiés en fuite entre Kisangani et Mbandaka.
     
    26 avril : communiqué de MSF : « Trois propositions pour mettre un terme à la politique d’extermination des réfugiés rwandais au Zaïre ».
     
    20 mai : publication presse d’extraits d’un rapport MSF qui dénonce la disparition de 190 000 réfugiés rwandais hutus au Zaïre.